1/ La Parole créatrice :

La Parole crée le monde : Genèse et Jean 1:1-5
Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu. (Jean I, 1). Le Verbe (Verbum en latin) ou la Parole (Logos en grec) crée le monde. Intime avec le Dieu invisible, le Verbe est, de façon indissociable, maître d'œuvre de la création visible, «le ciel et la terre» de la Genèse laissant d'ailleurs place ici au «tout» et au «rien».

Nommer le monde pour qu'il apparaisse

  • Pour être un homme nomme. Muriel Bloch, Le secret du nom et autres contes, Gallimard Jeunesse, Giboulées, 2017, p 71-74
  • L’homme jamais content, conté par Abbi Patrix, in : « Tout souffle, contes à quatre voix », (14 mn), CD audio, coll. Je Conte pour Toi..., Studio Enfance et musique, Au Merle Moqueur AMM, 2000. Abbi Patrix tient ce conte de Gray Hawk, indien Houma de Louisiane. Ci-dessous la version d'Abbi Patrix.

homme_russe_moujik_http://www.blogg.org/blog-53326-themes-mes_amis_les_mots-116907-offset-20.html C'est l'histoire d'un homme qui voyait tout en noir et se plaignait tout le temps. Cet homme il ne parlait pas beaucoup mais il pensait. Dans son corps il se disait :
- Le monde est mal fait, le monde est noir, la nature est laide, la société est inutile et la famille est envahissante. L'homme est raté !
Cet homme là comme tous les hommes qui broient du noir, on n'a pas envie de les fréquenter, alors petit à petit il s'est retrouvé à l'écart du village, et petit à petit il s'est retrouvé tout seul … dans une petite maison.

Princesse_pensive_jeune-femme-pensive-par-le-peintre-russe-grigory-sedov-19c3Dans le village il y avait aussi une femme. Et cette femme elle pensait. Et cette femme a pensé : Cet homme-là, c'est dommage, il y a sûrement quelque chose de bon en lui mais c'est fermé. Il faut que ça sorte, que son cœur s'ouvre. Je vais l'aider.
Et la femme a quitté le village, elle est allé rejoindre l'homme dans sa petite maison solitaire. Elle s'est installée, là avec lui et petit à petit, ça allait mieux. Ça allait beaucoup mieux. Et ils sont vécus ensemble des jours, des semaines, des mois, jusqu’à ce que les pensées noires de l’homme reprennent dans son corps, dans son cœur, dans sa tête, et à nouveau le monde était mal fait, la société inutile et la famille envahissante et la femme … Ah ! La femme, elle était là, elle était partout, elle était envahissante et cet amour qu'il fallait lui donner c'était fatigant.

Alors la femme s'est mise à penser : Si le cœur s'est refermé, il faudrait des enfants et ça irait beaucoup mieux.couffin-bébé-https://www.allobebe.fr/couffin-bebe-moris-et-sacha-aAM063425160.html
Alors ils ont fait des enfants et là ça allait beaucoup mieux, tellement mieux que la femme elle a pensé, elle a rêvé que le cœur de l'homme était ouvert à jamais. Mais non, oh non, voilà que les pensées noires ont recommencé à tourner dans la tête de l'homme : Les enfants, c'est bruyant, les enfants ça tourne toujours autour, ça se réveille la nuit, il faut s'en occuper tout le temps. Les enfants c'est fatiguant, et puis cette femme elle est trop femme pour moi.

Et l'homme a grogné tant et tant, qu'un jour la femme n'en pouvant plus, elle est partie. Elle s'est tourné vers le ciel et a crié :
- Créateur, si tu existes, fais quelque chose pour cet homme, moi je n'en peux plus !
Ce jour là l'homme marchait dans la forêt et ruminait ses pensées noires : il pensait que le monde est mal fait, la société inutile, la famille envahissante, la femme trop femme, et que l'homme était raté ! Il marchait tout seul dans la forêt quand tout à coup le ciel s'est obscurci. Il a entendu une voix comme le tonnerre résonner tout autour de lui :
- L'homme, dis-moi,quel est ton problème ?
Il a regardé, il a écouté, il s'est tourné vers le ciel et a dit :
- Si tu es le créateur, dis-moi pourquoi le monde est mal fait, pourquoi l'homme est raté et pourquoi depuis ma naissance je ne vois rien de bon autour de moi.
- Aaaah ! Le monde est mal fait, tu n'aimes pas ce que tu vois autour de toi, hé bien, si tu le permets, je vais retirer tout ce que tu n'aimes pas, cela ne te manquera pas ...
- Oui, c'est ça, retire ce que tu veux !

L'homme a repris son chemin et il a marché. Il continuait à grogner dans sa tête en se disant que peut-être la seule bonne chose qui lui soit arrivée, c'était le Créateur, le Créateur qui lui parlait. Et pendant qu'il marchait, il a vu tout à coup autour de lui que l'herbe s’effaçait, la rivière se desséchait, les arbres la forêt disparaissait autour de lui, les moustiques ne le piquaient plus, le cri des animaux avait disparu comme eux … Alors l’homme s'est mis à marcher plus vite. Il a vu au loin le village mais plus il s'approchait, plus le village s'éloignait. Il voyait au loin sa maison sa femme, ses enfants. silhouette_en_marcheIl a marché encore plus vite, il a couru mais plus il s'avançait, plus tout s'éloignait, puis soudain, tout a disparu, même le chemin sous ses pieds. Et il s'est retrouvé suspendu dans le vide, dans le néant, dans le silence … seul … Il a attendu, attendu, il a commencé à appeler autour de lui, à hurler :
- Créateur, ne me laisse pas tout seul ici dans le vide, pour l'éternité. Fais quelque chose. Rends-moi le monde !
Mais personne ne lui a répondu. L'homme a senti la peur l'envahir. Il a entendu son cœur battre dans sa poitrine. Il a pleuré et pour la première fois il a senti une larme couler le long de sa joue. Et l'homme s'est retrouvé seul au rythme de son cœur, dans le néant.

Alors tout en pleurant, l'homme a appelé le créateur :
- Créateur, je t'en prie ne me laisse pas ici tout seul, rends-moi le monde … rends moi ma famille, ma femme, mes enfants, ne me laisse pas tout seul.
Et du fond de lui-même, une voix lui a répondu :
- Hélas, je ne peux plus rien pour toi. Je ne peux pas défaire ce que j'ai défait. C'est toi qui l'a demandé. Si tu veux que le monde réapparaisse autour de toi, alors désire-le, de tout ton être. Chante-le, nomme-le. Peut-être que si tu dis ce que tu désires, cela réapparaîtra. Essaye ! Peut-être que cela va marcher.

Alors l'homme a respiré. Les mots ne lui venaient pas. Il avait la gorge noué. Son cœur s'est mis à battre de plus en plus vite. Et un chant est sorti de lui-même et il est sorti des mots. Il a nommé le soleil et la lune, la terre, la forêt, les arbres, la rivière, les animaux, le chant des animaux, il a même nommé les moustiques pour le piquer (oh oui, il les désirait ces moustiques) le chemin est apparu, il a marché, il a couru dans le monde à nouveau. L’homme regardait pour la première fois ce monde qu'il avait tant souhaité, qu'il avait tant désiré.
Il est arrivé devant son village, il est arrivé devant sa maison. Il a poussé la porte, et là sa femme et ses enfants dormaient tranquillement. Il a souri, il les a réveillés doucement...Il leur a raconté toute cette histoire, comment le monde avait disparu, comment il était réapparu, comment il avait chanté, comment il avait parlé, comment il avait nommé …

Lac_Canada_parcourscanada.com
Et il a fait promettre à sa femme et ses enfants, qu'avec lui, chaque matin, ils chanteraient le monde, ils le nommeraient pour que jamais il ne disparaisse. Et c'est ce qu'ils ont fait. Chaque matin ils ont nommé ce qu'ils aimaient et c'est pour cela que le monde est ce qu'il est, qu'il n'a pas disparu et qu'il ne disparaîtra pas tant que les hommes le chanteront et le nommeront ...



La chair de la langue :

Contes_Curieux_des_4_coins_du_monde_Gay-ParaLa parole nourrit lorsqu'elle est belle et bienveillantePraline Gay-Para, Contes curieux des quatre coins du monde, Actes Sud , Babel, 2007.

Il y avait autrefois un roi riche et puissant et une reine ; une reine qui était maigre, pâle et triste. Elle n’avait aucun appétit ni pour la nourriture ni pour la vie. Le roi observait sa reine et ne savait pas comment lui redonner les rondeurs qu’elle avait eues, quelques années auparavant.

Un jour, le roi regarde par la fenêtre de son palais, quand il voit passer dans son jardin une femme qui respire la santé, une femme bien ronde et bien plantée, une femme au corps généreux et au regard radieux. C’est la femme du jardinier ! Il est abasourdi. Sa femme à lui a tout ce dont elle peut rêver, tout ce qu’une femme peut souhaiter et elle est maigre comme un clou rouillé. Le jardinier, lui, n’a pas de quoi se nourrir tous les jours et il a une femme qui a des formes d’abondance …
Le roi sort de chez lui et va trouver le jardinier :
Ta femme est resplendissante, la mienne est souffrante, dis-moi de quoi tu la nourris.
Moi, répond le jardinier, je nourris tous les jours ma femme avec la chair de la langue.
C’est tout ?
Oui, c’est tout !

Le roi rentre précipitamment chez lui et va trouver son cuisinier :
Tu vas me préparer un banquet avec des langues de toutes sortes, assaisonnées de toutes les manières possibles. Je veux une palette de saveurs qui soit digne des palais les plus exigeants !
Le lendemain, les tables sont recouvertes de toutes sortes de plats avec des langues de bœuf, de veau, des langues de mouton, de lapin, d’alouette, de moineau et d’aigrette. Des langues grillées, mijotées, rôties, farcies, bouillies et puis toutes sortes de sauces avec des épices du monde entier. Le roi va chercher la reine et l’accompagne, fier de lui, jusque dans la salle à manger. Il l’invite à se servir. La malheureuse voit toutes les langues baigner dans des jus aux couleurs étranges, elle a mal au cœur. Elle regagne immédiatement sa chambre.

Le roi est dépité. Il va de nouveau trouver son jardinier et lui dit :
- Tu vas prendre ma femme chez toi pendant six mois et la tienne viendra vivre au palais !
Les désirs des rois sont des ordres. Dès le lendemain matin, l’échange est fait. Il en faut du temps dans la vie … dans les contes, il suffit de deux mots. Voilà six mois qui viennent de s’écouler. La reine revient au palais resplendissante. Elle est toute ronde et elle rit à la vie. La femme du jardinier, quant à elle, a dépéri. Elle est maigre et grise, son regard est éteint et son visage ne sait plus sourire.

Le roi, qui ne comprend plus rien, demande aux femmes de lui expliquer.
Quand mon mari rentre le soir, dit la femme du jardinier, il est de bonne humeur. Qu’il ait de quoi acheter à manger ou pas, il me raconte sa journée; les fleurs qui ont éclos, les arbustes qui ont poussé, les fruits qui se sont épanouis, la pleine lune dans la nuit. Quand il a fini, il joue de la musique et il chante puis il me raconte des histoires, me récite de la poésie et les soirées avec lui prennent la saveur d’un paradis.
Oui, renchérit la reine. Il a toujours une belle histoire ou une parole douce à offrir et cela embellit la vie. Il donne le meilleur de lui-même, la chair de la langue !

Nul ne sait si le roi a vraiment compris. Certains disent que ce jour-là, les deux femmes ont choisi de vivre avec le jardinier.
D’autres, plus optimistes, racontent que le roi s’est mis à raconter de beaux récits… et que sa reine a vécu le restant de ses jours très épanouie.



2/ La Parole peut aussi être destructrice :

La Parole :

Henri Gougaud, La Parole, L’Arbre aux Trésors, Paris, Éditions du Seuil, 1987. Parler ou se taire au mauvais moment peut apporter la mort.

Il était une fois un pêcheur nommé Drid. C’était un homme de bonne fréquentation. Il était vigoureux, d’allure franche et son œil, quand il riait, était aussi vif que le soleil. Or, voici ce qui lui advint.
Un matin, comme il allait le long de la plage, son filet sur l’épaule, la tête dans le vent et les pieds dans le sable mouillé à la lisière des vagues, il rencontra sur son chemin un crâne humain.crane_sable_abidjan_x 200 Ce misérable relief d’homme posé parmi les algues sèches excita aussitôt son humeur joyeuse et bavarde. Il s’arrêta devant lui, se pencha et dit :
- Crâne, pauvre crâne, qui t’a conduit ici ?
Il rit, n’espérant aucune réponse. Pourtant, les mâchoires blanchies s’ouvrirent dans un mauvais grincement et il entendit ce simple mot : « La parole. » Il fit un bond en arrière, resta un moment à l’affût comme un animal épouvanté, puis voyant cette tête de vieux mort aussi immobile et inoffensive qu’un caillou, il pensa avoir été trompé par quelque sournoiserie de la brise, se rapprocha prudemment et répéta, la voix tremblante, sa question :
- ''Crâne, pauvre crâne, qui t’a conduit ici ?''
- La parole, répondit l’interpellé avec, cette fois, un rien d’impatience douloureuse, et une indiscutable netteté.

Alors Drid se prit à deux poings la gorge, poussa un cri d’effroi, recula, les yeux écarquillés, tourna les talons et s’en fut, les bras au ciel, comme si mille diables étaient à ses trousses. Il courut ainsi jusqu’à son village, le traversa, entra en coup de bourrasque dans la case de son roi. Cet homme de haut vol, majestueusement attablé, était en train de déguster son porcelet matinal. Drid tomba à ses pieds, tout suant et soufflant.
- Roi, dit-il, sur la plage, là-bas, est un crâne qui parle.
- Un crâne qui parle ! s’exclama le roi. Homme, es-tu soûl ?
Il partit d’un rire rugissant tandis que Drid protestait avec humilité :
- Soûl, moi ? Misère, je n’ai bu depuis hier qu’une calebasse de lait de chèvre, roi vénéré, je te supplie de me croire, et j’ose à nouveau affirmer que j’ai rencontré tout à l’heure, comme j’allais à ma pêche quotidienne, un crâne aussi franchement parlant que n’importe quel vivant.
- Je n’en crois rien, répondit le roi. Cependant, il se peut que tu dises vrai. Dans ce cas, je ne veux pas risquer de me trouver le dernier à voir et entendre ce bout de mort considérable. Mais je te préviens : si par égarement ou malignité tu t’es laissé aller à me conter une baliverne, homme de rien, tu le paieras de ta tête !
- Je ne crains pas ta colère, roi parfait, car je sais bien que je n’ai pas menti, bafouilla Drid, courant déjà vers la porte.
Le roi se pourlécha les doigts, décrocha son sabre, le mit à sa ceinture et s’en fut, trottant derrière sa bedaine, avec Drid le pêcheur.

Ils cheminèrent le long de la mer jusqu’à la brassée d’algues où était le crâne. Drid se pencha sur lui, et caressant aimablement son front rocheux :
- Crâne, dit-il, voici devant toi le roi de mon village. Daigne, s’il te plaît, lui dire quelques mots de bienvenue.
Aucun son ne sortit de la mâchoire d’os. Drid s’agenouilla, le cœur soudain battant.
- Crâne, par pitié, parle. Notre roi a l’oreille fine, un murmure lui suffira. Dis-lui, je t’en conjure, qui t’a conduit ici.
Le crâne miraculeux ne parut pas plus entendre qu’un crâne vulgaire, resta aussi sottement posé que le plus médiocre des crânes, aussi muet qu’un crâne imperturbablement installé dans sa définitive condition de crâne, au grand soleil, parmi les algues sèches. Bref, il se tut obstinément. Le roi, fort agacé d’avoir été dérangé pour rien, fit une grimace de dédain, tira son sabre de sa ceinture.
- Maudit menteur, dit-il.
Et sans autre jugement, d’un coup sifflant,Tete coupée-dessin Gavarni-Wikisource il trancha la tête de Drid. Après quoi il s’en revint en grommelant à ses affaires de roi, le long des vagues.

Alors, tandis qu’il s’éloignait, le crâne ouvrit enfin ses mâchoires grinçantes et dit à la tête du pêcheur qui, roulant sur le sable, venait de s’accoler à sa joue creuse :
- Tête, pauvre tête, qui t’a conduit ici ?
La bouche de Drid s’ouvrit, la langue de Drid sortit entre ses dents et la voix de Drid répondit :
- La parole.


Le mensonge :

Le mensonge nous apporte du soulagement immédiat et nous libère d’une certaine anxiété sur le moment, mais pas sur du long-terme. Le mensonge est toujours quelque chose qui nous consume de l’intérieur : de nombreuses ressources personnelles sont dépensées lorsque nous essayons d’embrouiller les autres, de cacher la vérité, de gérer des situations et des événements ou de les dissimuler. La personne qui utilise ces artifices se sent coupable et elle a souvent bien du mal à sortir de cette situation. Ce qui peut paraître simple et facilitateur à première vue, devient très difficile à gérer par la suite, que ce soit dans notre environnement ou en notre for intérieur. La réalité se déforme et nous finissons par nous construire en tant que personnes sur une identité qui est fausse, que nous avons construite de toutes pièces. Le pire dans cette situation, c’est que nous allons devoir employer des trésors de vertu pour nous sentir un peu moins coupables et pour pouvoir profiter d’un petit moment de répit. (Le mensonge : l'ennemi de l'estime de soi)

  • Dès l'antiquité, en Egypte, des contes parlent de la lutte entre Vérité et Mensonge. Si Mensonge semble gagner au départ, à la fin la vérité l'emporte. ici et .


  • Un conte Africain, Soninké : Mensonge s'empare petit à petit de la part d'héritage de son frère. Mais petit à petit Vérité va récupérer ses biens car Mensonge n'a vu que le profit immédiat, pas les conséquences à long terme. Le mensonge est épais, mais n’a pas de consistance. A lire ici.


  • L’Eau, le Feu, la Vérité et le Mensonge, conte africain posté par Elisabeth Berger :

Jadis, il y a bien longtemps, l’Eau, le Feu, la Vérité et le Mensonge vivaient ensemble dans une grande maison. Tous se montraient polis envers les autres, tout en se tenant prudemment à distance, la Vérité et le Mensonge s’asseyaient dans des coins opposés de la pièce, et le Feu veillait à ne jamais croiser le chemin de l’Eau.

Mais voici qu’un jour, Vache_Sanka_Afrique_Wikimediails allèrent ensemble à la chasse et ils y rassemblèrent un grand troupeau de bétail,qu’ils se mirent à convoyer vers leur village. Vérité proposa de diviser ce bétail en quatre parts égales, et les autres étaient d’accord, sauf Mensonge, qui fit semblant d’approuver, mais désirait en secret faire main basse sur le tout. Il s’approcha de l’Eau, et lui glissa à l’oreille :
- Tu es plus forte que le Feu. Éteins-le, et nous aurons droit à une part plus grosse.braise_brandon
L’Eau fit ce qu’il demandait : elle se jeta sur le feu et l’éteignit… Et les trois éléments restants poursuivirent leur chemin…

Alors, Mensonge s’approcha de Vérité et lui chuchota : Cours d'eau_Lac St Ferreol_2018_patricia Gustin
- Regarde : l’Eau a détruit le Feu ! Abandonnons cette cruelle qui a tué notre chaleureux ami, et allons faire paître nos vaches dans les alpages.
Vérité et Mensonge prirent donc le chemin de la montagne avec les bêtes, et l’Eau, malgré tous ses efforts, ne put les y suivre. Elle se répandit sur les flancs de la montagne et bouillonna sur elle-même… Elle est toujours là aujourd’hui, s’élançant en cascade à flanc de montagne…

Encore un concurrent d’éliminé, pour Mensonge… Une fois arrivés en haut, Mensonge se tourna vers Vérité et lui dit :
- Je suis plus fort que toi, je suis le maître, et je dis que tout le bétail est à moi !
Mais Vérité s’insurgea ; elle refusait d’obéir à Mensonge…

Le VentVive le Vent_http://www.lesvoiesdelame.com/archives/2010/06/14/18146727.html fut alors choisi pour décider lequel, de Mensonge ou de Vérité, était le plus fort.
Le Vent, se sentant impuissant à les départager, se glissa dans le monde, pour demander l’avis des hommes sur la question. Mais il recueillit des informations contradictoires : les uns pensaient qu’un seul mot du Mensonge peut réduire à néant la Vérité, les autres rétorquaient que, telle une flamme dans l’obscurité, la Vérité est assez puissante que pour tout changer. De tout ce qu’il avait entendu, le Vent conclut finalement que le Mensonge est très puissant, mais qu’il n’a droit de cité que là où la Vérité a cessé de se faire entendre. Et c’est ainsi qu’il en va depuis lors…



  • Un autre conte africain explique pourquoi on a autant de mal à distinguer la Vérité du Mensonge : leurs têtes ont été inversées ... source d'erreurs et de confusion dans le monde Ici



3/ La parole en action : bienfaits et double effet

Quatre contes sont présentés dans l’article La parole libératrice et la parole libérée :

  • Bouche cousue, poison mortel un exemple de Parole libératrice.
  • Les jumeaux à la croisée des chemins : comment discerner une parole vraie d'une parole fausse ? Paroles libres qui s'opposent : discernement et bon sens requis ...
  • Le génie qui mentait ou Les 7 miroirs de l'âme : une parole double qui révèle la face cachée des choses. Parole libérée.
  • L’injure salit celui qui la profère : une parole mal venue. Parole sauvage.