Définition :

La sérendipité est une découverte, provoquée par une attitude d'esprit, qui consiste à rebondir sur les conséquences d'une aventure, d'une rencontre, d'une recherche ou d'une expérience. (Wikipédia)

Sérendipité... vous ne connaissez pas encore ce mot ? C’est le don de faire des trouvailles, de trouver ce qu’on ne cherche pas, dans la science, la technique, l’art, la politique, le droit. Ce sont des découvertes, des inventions et des créations “accidentelles”. Un cas de sérendipité, par définition, est une observation surprenante suivie d’une explication juste. CERSA

Origines du mot :

Le mot anglais serendipity fut créé par Horace Walpole le 28 janvier 1754 dans une lettre à son ami Horace Mann, envoyé du roi George II à Florence. Il y fait mention d'un conte persan, Les Trois Princes de Serendip, publié en italien en 1557 par l'éditeur Vénitien Michele Tramezzino puis traduit dès 1610 en français. Serendib ou Serendip était l'ancien nom donné au Sri Lanka en vieux persan.

Walpole précise dans sa lettre que les jeunes princes font simplement preuve de sagacité, et que leurs découvertes sont purement fortuites.

A lire :

De Pek van Andel et Danièle Bourcier :

  • De la sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit, L’Act Mem, coll. Libres sciences, Chambery, 2008 : Ce mot imprononçable, forgé par Horace Walpole en 1754 et utilisé d’abord par des bibliomanes, a été importé par les sciences exactes, puis par les sciences sociales et le monde de la décision. Ce livre décrit la théorie, la pratique, des types et des cas de sérendipité : chaque cas est une idée forte, une leçon d’interprétation de l’inattendu, comme la radioactivité naturelle ou l’effet pervers d’une loi. Il rend compte de la part du hasard comme source d’improvisation dans la genèse des idées et l’histoire des hommes. Pek van Andel, chercheur en sciences médicales à l’Université de Groningue et Danièle Bourcier, directrice de recherche au CNRS en sciences sociales, explorent la sérendipité dans tous les domaines. Cet ouvrage, illustré et documenté, s’adresse à tout créateur, innovateur, lecteur curieux. Et bien sûr, parce que ce sujet est didactique et drôle, aux enseignants et aux chercheurs, qui s’y reconnaîtront. article du CERSA.



Conte persan : en musique ...


Les trois fils du roi de Serendip refusèrent de succéder à leur père. Ils voulaient courir le vaste monde pour parfaire leur éducation. Le roi les expulsa. Il partirent à pied pour voir des pays différents et bien des choses merveilleuses.

Un jour, ils passèrent sur les traces d'un chameau.

  • L'aîné observa que l'herbe à gauche de la trace était broutée mais que l'herbe de l'autre côté ne l'était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait pas de l'œil droit.
  • Le cadet remarqua sur le bord gauche du chemin des morceaux d'herbes mâchées de la taille d'une dent de chameau. Il en déduit alors que le chameau aurait perdu une dent.
  • Du fait que les traces d'un pied de chameau était moins marquée dans le sol, le benjamin inféra que le chameau boitait.

Tout en marchant, un des frères observa des colonnes de fourmis ramassant de la nourriture. De l'autre côté, un essaim d'abeilles, de mouches et de guêpes s'activait autour d'une substance transparente et collante. Il en déduisit que le chameau était chargé d'un côté de beurre et de l'autre de miel. Le deuxième frère découvrit des signes de quelqu'un qui s'était accroupi. Il trouva aussi l'empreinte d'un petit pied humain auprès d'une flaque humide. Il toucha cet endroit mouillé et il fut aussitôt envahi par un certain désir. Il en conclut qu'il y avait une femme sur le chameau. Le troisième frère remarqua les empreintes des mains, là où elle avait uriné. Il supposa que la femme était enceinte car elle avait utilisé ses mains pour se relever.

Les trois frères rencontrèrent sur leur route un chamelier chameau dans le désert qui leur demanda s'ils avaient vu "par hasard" un de ses chameaux égarés. Comme ils avaient déjà relevé beaucoup d'indices, ils lancèrent comme boutade au chamelier qu'ils avaient vu son chameau et, pour rendre leur blague plus crédible, ils énumérèrent les sept signes qui caractérisaient l'animal.

  • Oui, nous avons bien vu ton chameau. N'est-il pas borgne ? déclara l'aîné pour s'amuser de la surprise de l'homme. Il était chargé de beurre et de miel.
  • Ne lui manque-t-il pas une dent ? affirma le cadet. Il portait une femme.
  • Ne serait-il pas boiteux ? lança le benjamin. Et je peux te dire que la femme était enceinte.

Tout était juste !!!

Étonné d'entendre si bien décrire son chameau, le chamelier acquiesça et continua de chercher son chameau dans la direction d'où venaient les trois frères. Il ne doutait pas de le retrouver sous peu. Mais le chamelier eut beau cherché, il ne retrouva jamais son chameau. Il pensa avoir été volé et fit arrêter les trois frères qui furent immédiatement jetés en prison, puis jugés.
Lors de leur défense, les trois jeunes princes expliquèrent comment les indices observés sur le sol leur avaient permis de savoir à quoi ressemblait l'animal qui les avait précédés bien qu'ils ne l'aient jamais vu auparavant.

  • Le frère aîné prit la parole :

J'ai cru, seigneur, que le chameau était borgne, en ce que j'ai remarqué d'un côté que l'herbe était toute rongée, et beaucoup plus mauvaise que celle de l'autre, où il n'avait pas touché ; ce qui m'a fait croire qu'il n'avait qu'un œil, parce que, sans cela, il n'aurait jamais laissé la bonne pour manger la mauvaise. Et il expliqua comment il avait pu en déduire que le chameau était chargé d'un côté de beurre et de l'autre de miel.

  • Le frère cadet dit :

A voir la manière dont les touffes d'herbes étaient coupées : il restait toujours quelques brins d'herbe sur le côté droit, j'en ai déduit qu'il manquait une dent à ce chameau. Et il dit comment il avait conclu qu'une femme voyageait sur le chameau.

  • Le benjamin, le plus jeune, parla enfin :

Les empreintes de pas dans le sable étaient plus rapprochées et moins marquées d'un côté. C'est cela qui m'a fait dire que ce chameau était boiteux Et il expliqua aussi comment il avait pu conclure que la femme était enceinte.

Ce ne fut qu'après que le chameau fut retrouvé sain et sauf par un villageois, qu'ils furent libérés. Alors, l'empereur, fortement impressionné par la justesse de leur raisonnement, les nomma conseillers du pays qu'il gouvernait.


Ce texte est un fragment résumé du conte "Les pérégrinations des trois fils du roi de Serendip" d'Amir Khusrau, un grand poète persan. C'est le premier conte de son recueil Hasht Bihist (Les huit Paradis, 1302).

Musique : Ali Abdul Satar "Zakartak", extrait de l'album "Al Risalah" (2000)



look1.gif Source du conte : Sylvie Fayet-Scribe : "La table des matières", Ed Panama, 2007, pp 320-322. Cet ouvrage a été présenté dans Un livre à lire...